le “gut”: cérémonie chamane (2) Comments (0)
« L’espace rituel se confond toujours avec un espace scénique de représentation.
Il existe de nombreux rituels. Ils sont de deux types : l’un pour conduire l’âme des morts dans un bon lieu et l’autre : le bonheur des vivants. Ces rituels sont appelés « gut » et sont de durée et d’ampleur variable. Ils se structurent toujours en « geori », qui constituent autant d’actes ritualisés de la séance. Le « gut » est séparé en 12 « geori » en général.
La chamane manie plusieurs répertoires dansés et chantés et manie une série d’accessoires aux fonctions très précises parmi lesquels il y a les éventails et les « sonail ? » , l’éventail rythme la représentation, permet de communiquer avec les musiciens, le « sonail ? » permet de communiquer avec les esprits. La fourche, les couteaux tranchants sont des objets qui confèrent une violence au rituel. Possédée par l’esprit, la chamane utilise ces objets dangereux pour montrer à l’assemblée qu’elle est passée ailleurs dans un dimension d’invulnérabilité, surnaturelle.
La musique joue un rôle : jing (le grand gong) résonne presque continuellement , le janggo (tambour-sablie) passe de l’accompagnement subtil au rythme frénétique, le piri (haut-bois) est également un élément musical incontournable de ce rituel. L’ensemble contribue à maintenir une densité dramatique tout au long des phases du rituel ; rites de purification, invocation des esprits, invocation des généraux mythiques, rites de passage de l’âme. Les musiciens ainsi que toutes les personnes qui vont se présenter autour de la « mudang », sont reliés par des liens spirituels. La « mudang » est la mère spirituelle.
Sur l’hôtel, il y a fruits, riz, morceaux de viande, alcool, encens, argent, autant de symboles de prospérité et d’offrandes aux esprits. Le moment où le cochon reste planté sur une fourche en équilibre correspond à cet instant où les esprits invoqués acceptent ces offrandes.
Il existe deux familles d’esprits auxquels s’adressent les chamanes : les humains et les créatures divinisées d’une part, les esprits errants d’autre part. Les esprits des humains divinisés sont encore répartis entre ceux plutôt célestes, végétaliens et buveurs d’eau et les autres, terrestres, carnivores et buveurs d’alcool. Trône en bonne place, « san-chin », la montagne, qui est à la jonction des ces mondes végétaliens et carnivores.
La chamane dispose d’une multitude de formes qu’elle peut agencer en fonction des circonstances. En ce jour des morts, la grande mudang Kim Keum Hwa, a voulu réaliser un rituel qui rend hommage aux défunts tout en apportant réconfort à leurs descendants. Il va se dérouler comme suit : les mauvais esprits, les esprits errants vont être chassés, le lieu du rituel sera purifié par la musique. Il y aura les rites pour les dieux carnivores, les officiers ministériels donneurs de richesse, jusqu’au fameux et spectaculaire rite « Jakdu Geori”, oracle, pour le bonheur des participants.

(rushes du 0111)
Kim Keum Hwa est née en 1931 dans la province de l’ouest, chamane nationale, elle fut initiée à l’âge de 17 ans. En 1984, elle a été désignée « trésor national intangible n°82 ». «
Fragments de la présentation par Jacques-Yves Le Docte au bozar, éléments retranscrits sur base de mes rushes du 0111.