J’avais la sensation tout à l’heure de perdre pieds
Je me sentais comme un chien perdu sans collier
j’ai des choses à apprendre je disais tout à l’heure à yaniv au téléphone … j’étais seule dans la pluie j’allais prendre le 94 pour rendre des dvd à la médiathèque… j’ai des choses à apprendre car je prends trop sur moi, je dois mettre de la distance sinon je vais couler… tout à l’heure, je ne savais pas où aller pour me protéger… mais pour me protéger de quoi ? de moi-même, de mes propres angoisses….
(rushes du 3009)
Choisir
que choisir ?
rester ?
partir ?
attendre
avec ma caméra, j’attends, nous attendons à deux, je suis moins seule avec ma caméra…
attendre ?
non… ne pas trop attendre
j’ai fait le choix pour cet événement de filmer ici sur pied de façon frontale, j’attends le big moment, quand tous les écrans vont s’allumer j’attends que ça pète… j’attends j’attends mais rien ne se passe… finalement un écran un à un s’allume, j’attends je ne sais pas je me dis que je suis ici pour le big moment donc je ne peux pas partir maintenant !! j’attends j’attends !!
Peur de rater un moment
Il s’agit de ça … aussi
Ces journées au bozar…
Je tourne en rond
Tout ceci me renvoie à ma position
Il fait froid dehors, les transports sont super remplis, ça fait très longtemps que je ne me suis pas retrouvée dans les rues à cette heure-ci… les gens me font peur, ils sont écrasés les uns contre les autres dans le métro, quand ils sortent à leur arrêt, ils se déplacent avec le maximum d’efficacité, les gens forment des bandes de circulation dans la rue, des masses efficaces qui vont au boulot (je pense à ça et tout à coup ce mot me fait peur, ce mot que j’ai inscrit sur mon cv « efficacité », il faut que je le raye… ce mot-machine, si peu profond, si inhumain, mais si commun… je n’aime plus ce mot…)
petits robots qui font tourner la ville… de leur petites mains, de leurs petits doigts ils tapent des chiffres, ils encodent des données, ils trient le courrier, ils servent le café…
Ce matin, donc, je suis arrivée trois sacs autour du cou, sur mon dos et mon épaule au bozar, le ciel était encore sombre, un vrai matin d’hiver… je me sentais toute chose… les portes semblaient fermées… mais non, il y avait quelqu’un…
Quand je m’adresse à l’accueil et que je demande Joris, le monsieur me dit « qu’il est parti faire des badges avec mes « collègues»…je ne sais pas de qui il parle mais ce ne sont pas mes « collègues », je me dis qu’il parle sans doute de « coréens »… qui « eux », auront des badges,
je me sens un peu misérable ici seule à attendre, remplie d’incertitudes…
Aujourd’hui je n’ai pas filmé les choses « anecdotiques » comme dit logan et c’est pourtant plus ce qui m’intéresse, c’est plutôt ça qui me parle… A coté de ce gros bazar culturel :mon point de vue, ma vision, comment je me situe dans tout ça…
Et quelle était ma place aujourd’hui ?
J’ai trouvé ma place facilement au début car il suffisait de s’asseoir et d’attendre que ça commence… ensuite, quand monsieur Kim est arrivé il a cru que Logan était moi… il lui a tendu la main en lui disant « you must be na ta ri ? » et là j’ai fait un petit signe de la main « ah it is me.. »
je n’ai pas trop suivi ce qui se disait à la conférence car je devais d’abord trouvé ma place et savoir ce que je voulais filmer,
j’ai ressenti aujourd’hui que les enjeux de ce festival étaient énormes pour les deux pays
et nous que faisons-nous là ?
et qu’est-ce que je fais là ?
moi, coréenne adoptée
je crois que ceci (être ici) s’inscrit dans un parcours personnel bien au-delà de mon histoire avec la Corée, c’est un très long chemin qui m’a amené ici
Cet événement culturel
C’est un symbole
Les coréens adoptés où se situent-ils ?
Est ce vraiment ma question ?
Je pense plutôt que je me situe à chemin entre tout ça… entre la Belgique, la Corée, la vidéo, l’art…
08:00
juste avant de partir
j’essaie de ne pas remâcher des idées toutes faites ou des mots qui deviendraient des automatismes et que je déblatèrerais telle une machine tout à l’heure si l’on me pose des questions sur mon projet.
Une pensée me traverse
Je la note: je ne dois pas avoir peur
car c’est mon projet
Et eux m’ont dit qu’ils sont là pour m’aider
Je suis la seule responsable
Je suis la seule à savoir ce que je veux faire
(et justement ne sais encore rien !)
08 :55
message de logan : « 10h30, c’est pas mieux ? »
la pression monte…
2409
réfléchi cette nuit
faire liste
questions pour demain
dire que plus intéressée par
backstages rehearsals meetings BOZAR première fois arrivée
coréens
Belgique
j’ai eu une idée
je vais faire un blog MADE IN KOREA qui sera une sorte de journal du projet
j’ai eu une idée mais je ne me souviens plus laquelle…
j’aurai dû noter
voilà à quoi va me servir ce blog, à y noter mes réflexions
à me faire avancer
à partager mes journées avec vous
cet après midi je suis allée chez le coiffeur car je dois faire bonne impression ! je me dis que les cheveux et les chaussures c’est quelque chose à soigner !
(ma première fois en Corée, j’ai été attirée par une sorte d’étrangeté dans le métro, un alignement clair… une sorte d’uniformité, j’ai réalisé peu à peu qu’il s’agissait des chaussures bien propres et des coiffures soignées des gens).
je vais donc chez le coiffeur puis à l’atelier ; il y a Carl, Alex et Joanna.
J’ai bien fait de venir car l’énergie ici est meilleure pour me lancer.
comment dire, ici je suis dans un environnement de travail …
je me lance alors pour appeler le gars des BOZAR…
il décroche
il me dit qu’il va rappeler dans cinq minutes (alors que je retape ces notes de mon carnet, j’ai mon cœur qui bat fort comme si je revivais la scène)
il rappelle, je bafouille (fidèle à moi-même..)
Nous échangeons quelques mots puis il m’invite à la conférence de presse ce jeudi à 11h, il me dit que je pourrai déjà filmer !
je lui demande si on pourra se voir là bas ?
il me dit que oui autour d’un repas coréen nous discuterons tranquillement après la conférence de presse…